Elle est petite, indispensable et bientôt invisible. La carte SIM, qui permet de stocker les informations personnelles du propriétaire d’un mobile, s’apprête à faire sa métamorphose. Le but: souder l’objet directement dans le téléphone. Cette possibilité est examinée depuis plusieurs mois par les plus grands fabricants de cartes SIM et de smartphone, dont Samsung et Apple, et la la GSM Association, qui représente plus de 800 opérateurs télécom. Ces discussions ont été dévoilées au mois de mars et un accord serait imminent. L’ambition est de faire de ce système un standard dès 2016.

Cette carte SIM nouvelle génération est baptisée «eSIM» («SIM électronique»). Elle équipe déjà de nombreux objets connectés, comme les outils de signalisation routières ou les voitures connectées. L’eSim a pour particularité d’être embarquée dans la machine qu’elle équipe. S’ils concluent un accord, Samsung et Apple seront autorisés à souder la carte SIM directement dans les smartphones qu’ils produisent. Cela leur permettra, notamment, de construire des téléphones ou des tablettes plus fins.

L’autre caractéristique de l’eSim est qu’elle est reprogrammable. Plus besoin de se doter d’une nouvelle carte lorsque l’on change d’opérateur téléphonique: l’eSim est dotée d’un logiciel capable d’identifier l’abonnement associé à son utilisateur. Un simple passage en boutique ou sur Internet permettra au propriétaire d’un smartphone de changer d’opérateur.

Redistribution des cartes

La carte SIM était jusqu’ici la chasse gardée des opérateurs télécom, et la pierre angulaire de leur relation avec leurs abonnés. Apple avait déjà essayé, en 2014, se briser ce monopole en équipant ses iPad Air 2 de sa propre carte SIM, amovible. L’expérience s’était néanmoins limitée à quelques opérateurs anglais et américains partenaires de l’opération. Les autres n’avaient qu’à équiper la tablette de leur propre carte SIM. Un petit tour de passe passe impossible dans le cas d’une carte SIM non amovible, et qui doit donc être compatible avec tous les opérateurs télécom dans le monde. «La généralisation des cartes SIM embarquées qui ne sont pas amovibles, ne peut se faire qu’avec la coopération de tous les acteurs», estime Etienne Costes, associé au cabinet de conseil Ernst & Young. «Sans accord, on risque de vendre des smartphones associés à des opérateurs, sans que leur propriétaire ne puisse en changer.»

L’initative de la GSM Association implique donc tous les acteurs du mobile: opérateurs, fabricants de smartphone, de tablette et de carte SIM. Tous veillent à garder une place confortable, c’est-à-dire lucrative, dans ce nouveau système. Les constructeurs de cartes SIM continueront à produire les puces ainsi que les logiciels d’identification nécessaires. Les opérateurs télécoms, eux, resteront responsables de la transmission des données des abonnées. «Il s’agit simplement de la numérisation de la distribution des cartes SIM», affirme Philipe Lucas, qui participe aux négociations au sein de la GSM Association pour le compte de l’opérateur français Orange. «La carte portera toujours les secrets d’authentification et d’identification, qui appartiennent aux opérateurs. C’est un rôle crucial.»

Certains doutent pourtant de ce nouvel équilibre. Jeudi, alors que le Financial Times publiait un article à propos des négociations menées avec la GSM Association, l’action de la société Gemalto, premier fabricant mondial de carte SIM, a chuté de 7% à la Bourse de Paris. «Nous sommes très bien placés sur la SIM et les éléments sécurisés, mais nous sommes aussi très bien positionnés sur les services d’activation car nous faisons de la télé-administration depuis très longtemps», s’étonne-t-on du côté du constructeur. «La eSim n’est pas une menace, mais une opportunité.»

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